Des bactéries qui pourraient augmenter l’efficacité des traitements anticancéreux?


Par Fatéma Dodat

Source Image : Pixabay


Depuis cinq ans, le lien potentiel entre le microbiote intestinal et les traitements anticancéreux suscite un engouement important au sein de la communauté scientifique et des espoirs chez les patients. Des études évaluent actuellement si ce microbiote pourrait permettre d’augmenter l’efficacité des traitements administrés en oncologie. Qu’est-ce que le microbiote intestinal et sur quels éléments se basent cette hypothèse?



Le microbiote intestinal humain


Le microbiote intestinal humain comprend les micro-organismes (bactéries, micro-champignons) qui vivent dans les intestins. De tous les microbiotes du corps humain, celui-ci est le plus important et s’élève à près de 100.000 milliards de micro-organismes - soit un poids de l'ordre de 1,5 kilogramme chez un adulte.


Le microbiote intestinal est impliqué dans de multiples fonctions, la plus connue étant la digestion. En effet, les bactéries du microbiote peuvent réaliser la fermentation d'aliments qui ne sont pas digestes, fabriquer des vitamines ou encore digérer des fibres. Par ailleurs, elles participent activement à l’immunité en étant des acteurs cruciaux de la fonction de barrière de l'intestin, ce qui empêche des espèces pathogènes de coloniser cet organe. Aussi, le microbiote intestinal participe à la maturation du système immunitaire de l'individu. Enfin, le déséquilibre du microbiote intestinal est désormais associé à différentes maladies, comme les maladies inflammatoires de l'intestin (maladie de Crohn) ou le diabète.


Rôle dans la réponse aux traitements anticancéreux


Depuis que les scientifiques ont mis en évidence l’implication de la bactérie Helicobacter pylori dans le développement du cancer de l’estomac dans les années 90, la relation entre les bactéries intestinales et les cancers n’a cessé d’être explorée.


En 2013, des chercheurs ont prouvé que certains traitements cancéreux reposaient sur l’activation du système immunitaire par le microbiote intestinal. Une étude a ainsi mis en évidence que la cyclophosphamide, médicament utilisé en chimiothérapie, induit des dégâts au niveau de la couche de mucus qui recouvre la paroi de l’intestin, ce qui permet aux bactéries intestinales de voyager à travers les ganglions lymphatiques et la rate, où elles peuvent activer des cellules appartenant à l’immunité. Chez des souris élevées sans bactéries dans leur intestin ou à qui on avait administré des antibiotiques, responsables de l’altération de la flore intestinale, la molécule avait perdu la majorité de son activité anticancéreuse.


Les bactéries intestinales se sont révélées également importantes lors des traitements d’immunothérapies. Une étude réalisée chez des souris révèle qu’un traitement d’immunothérapie administré sur un microbiote intact induit une diminution de la croissance de la tumeur, processus médié par un facteur impliqué dans la mort programmée des cellules. À l’inverse, les souris qui ont reçu un cocktail d’antibiotiques au préalable présentent une diminution de ce facteur et l’efficacité des traitements est diminuée.

En parallèle, un chercheur-clinicien de l’Université de Chicago a également mis en lumière le rôle des Bifidobactéries dans l’augmentation de la réponse aux traitements d’immunothérapies chez les souris.


Enfin, des études prometteuses menées dans le laboratoire du Dr Bertand Routy, chercheur-clinicien au centre de recherche du Centre Hospitalier Universitaire de Montréal, démontrent que des patients ayant pris des antibiotiques pour traiter des infections non reliées à leur cancer, ont tendance à moins bien répondre à l’immunothérapie.


Toutes ces études laissent à penser que le microbiote joue un rôle important dans la réponse aux traitements en oncologie. Néanmoins, les mécanismes sous-jacents au rôle de ces bactéries intestinales dans la réponse immunitaire ne sont pas encore entièrement compris et les essais sur l’humain débutent tout juste. En parallèle, des travaux sont menés afin d’identifier la signature d’un microbiote intestinal « sain » et à évaluer l’efficacité et l’innocuité des transplantations fécales afin de booster le microbiote des patients qui ne répondent pas ou peu aux traitements.

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