Entrevue avec Romain Melich, Junior Scientist in Formulation & Delivery Systems à Bracco

Mis à jour : il y a 6 jours


Par Fatéma Dodat et Romain Melich


Occupant actuellement le poste de Junior Scientist in Formulation & Delivery Systems (Scientifique Junior en Formulation et Systèmes de délivrance) à l’entreprise pharmaceutique Bracco Suisse SA, Romain Melich est diplômé d’un PhD de l’école doctorale de Chimie. Obtenu en 2018, il l’a réalisé au sein du laboratoire d'Automatique, de Génie des Procédés et de génie Pharmaceutique à l’Université Claude Bernard à Lyon (France). Il nous partage aujourd’hui son expérience professionnelle, les défis qu’il a rencontrés et ce qu’il en a retiré. Retour sur un profil inspirant.



Bonjour Romain.

Depuis la Licence réalisée ensemble à Montpellier, ton parcours a beaucoup évolué. Merci d’accepter cette entrevue aujourd’hui et de partager ton expérience avec nous!


1) Quel poste occupes-tu à l’heure actuelle?


Depuis un an et demi, j’exerce le poste de scientifique junior en Formulation et systèmes de délivrance au sein de la société Bracco située à Genève, leader dans le développement d’agents de contraste pour l’imagerie médicale. Évoluant au sein du service R&D dans le département « Novel agents research », mon poste est similaire à celui d’un post-doctorat à l’Université.


Les projets que l’on m’a attribués concernent le développement de nouveaux types d’agents sous forme de bulles et de gouttes, destinés à des applications biomédicales ultrasonores pour le diagnostic et/ou de la thérapie.


Pour ces projets interdisciplinaires, une investigation est réalisée de la phase de formulation jusqu’à la caractérisation et la validation de ces futurs agents. Une grande majorité de mon temps est consacrée au développement de procédés et de protocoles de préparation ainsi que la caractérisation physico-chimique et acoustique de ces formulations. Le centre de recherche basé à Genève est à taille humaine et il est donc facile d’interagir avec différentes équipes de recherche pour que chacun puisse apporter ses connaissances et compétences. La grande force de cette entreprise est que chaque employé ne travaille pas sur son projet mais pour les projets de Bracco, ce qui rend le travail collaboratif et dynamique!


2) Pourrais-tu nous parler de ton expérience doctorale?


Pendant mes stages de recherche, les autres étudiants dans le même laboratoire que moi commençaient à passer des concours afin d’obtenir des bourses doctorales et l’idée de faire une thèse a commencé à germer assez naturellement. Également, à la fin de mon Master à Montpellier, j’ai réalisé que même si j’avais effectué le même nombre d’années d’études qu’un ingénieur, je ne pourrai pas accéder à des postes ou à des échelles salariales similaires sur le marché du travail. Comme le grade de docteur est un des seul diplôme reconnu et valorisé à l’international, cela me permettait de pouvoir augmenter mes possibilités de trouver un travail.


J’ai toutefois choisi un sujet de thèse en recherche appliquée, contrairement à mes stages précédents qui portaient sur de la recherche fondamentale, dans l’idée de me placer par la suite dans le milieu de l’industrie. La curiosité intellectuelle a été le véritable moteur pour cette expérience : l’idée de pouvoir répondre moi-même à une question scientifique me fascinait! De plus, chaque problématique à l’initiative de la thèse est unique ce qui fait de l’étudiant qui entreprend une thèse, un expert de ce sujet. C’est un sentiment très stimulant auquel on peut se raccrocher pendant les moments de doutes qui parsèment le doctorat.


Pendant mon doctorat à Lyon, j’ai travaillé sur le développement d’un procédé membranaire permettant le contrôle de production de bulles et de gouttes destinées à des applications biomédicales ultrasonores. Ce sujet recoupe d’ailleurs mon activité actuelle. Au sein des laboratoire où j’ai réalisé mon doctorat, le LAGEPP (Laboratoire d'Automatique, de Génie des Procédés et de Génie Pharmaceutique) et le Labtau (Laboratoire d'applications des ultrasons à la thérapie), nous étions nombreux – comme étudiants - ce qui créait une certaine émulation et un soutien au fil des années. Par contre, on venait tous de domaines différents (pharmaceutique, génie des procédés, catalyse, automatisme, etc) avec des thématiques de thèse parfois très éloignées ce qui rendait les interactions scientifiques difficiles sur des sujets très pointus. Aussi, je trouve ça dommage qu’il y ait peu de collaborations entre certains projets proches, ce qui aurait pu générer davantage de productivité – de résultats et donc d’articles scientifiques.

3) Qu’est-ce que le doctorat t’a apporté pour mener au mieux tes activités actuelles?


D’un point de vue scientifique, j’ai développé de nombreuses compétences techniques pour les projets que je mène actuellement. En plus, j’ai délibérément décidé de me lancer dans un sujet de thèse qui ne suivait pas ma formation préalable - davantage portée en biologie moléculaire- en faisant de la physico-chimie et du génie pharmaceutique. Finalement, tout est possible, il suffit d’être curieux, motivé et persévérant pour terminer une thèse. Je souhaitais avoir un profil scientifique pluridisciplinaire, sans être expert d’un domaine particulier, afin de pouvoir piloter correctement un projet scientifique dans son ensemble.


Dans ce sens, bien entendu, le doctorat a aussi développé mon sens de l’autonomie et de la gestion de projets. J’ai également appris à ne pas hésiter à demander des informations et d’aller chercher des compétences spécifiques auprès de chercheurs et techniciens passionnés. Ça peut-être un vrai gain de temps surtout quand on n’est pas expert dans un domaine et que l’on a un temps limité (une thèse ne dure que 3 ans en France) !


4) Comment s’est passée la transition entre la fin du doctorat et l’entrée sur le marché du travail?


À la fin de ma thèse, un événement a été organisé par l’Université, intitulé « Rendez-vous de l'emploi ». J’y ai réalisé une entrevue avec un recruteur dans le but d’obtenir un poste dans le management de projets au sein d’une industrie pharmaceutique. L’entrevue s’est bien déroulée et ils m’ont proposé de démarrer une mission chez Sanofi Pasteur. Le poste consistait à faire de la coordination pour les projets scientifiques – principalement de la mise en place d’outils de gestion de projet, l’élaboration de plannings et l’organisation/animation de réunions.


Cette expérience professionnelle a été enrichissante car elle m’a permis de découvrir ce qui ne me convenait pas. Les outils de gestion de projet développés par l’entreprise devaient être suivis à la lettre, ce qui était inhabituel avec ma manière de fonctionner jusqu’à présent, puisqu’une thèse permet une certaine liberté de gestion. Enfin – et le côté le plus important - je n’avais aucune implication dans le côté scientifique des projets et peu de stimulation intellectuelle. Au bout de 4 mois, j’ai donc décidé de quitter l’entreprise.


Comme j’avais enchainé mes études et ce poste, j’ai profité de cette petite pause pour souffler et prendre du recul, notamment en me mettant au défi de voyager deux semaines à vélo dans le sud de la France. Au bout de quelques mois, mon manager actuel m’a contacté. Il avait été membre de mon comité de thèse et nous étions restés en contact après ma soutenance car il avait apprécié mes travaux. Une opportunité s’ouvrait au sein de son équipe. J’ai sauté sur l’occasion, passé les entrevues et j’ai ainsi débuté mon expérience en Suisse !


5) Enfin, quel serait ton conseil pour des étudiants aux cycles supérieurs (maîtrise/doctorat)?


Le plus formateur selon moi est de tester les opportunités professionnelles qui se présentent, même si elles semblent contraires à nos plans au premier abord. Ainsi, on peut différencier ce qui nous plait et ce qui nous déplait, faire avancer sa réflexion, et surtout construire un réseau qui peut générer d’autres opportunités. Le réseau professionnel est réellement essentiel pour se placer sur le marché du travail et doit être exploité du mieux possible!


Si l’expérience doctorale vous tente alors il faut savoir que la réalisation d’une thèse, c’est un peu comme les montagnes russes : il y a des jours où tout va bien, et d’autres où on a l’impression que tout s’écroule. Ce qui compte finalement, ce n’est pas tant le résultat scientifique mais comment le ou les problèmes ont été gérés et surmontés. Cette habileté à résoudre les problèmes est essentielle et c’est ce que recherchent finalement les entreprises qui recrutent des doctorants.


Un grand merci Romain pour le temps consacré pour cette entrevue. Grâce aux retours d’expérience de diplômés qui ont traversé des épreuves similaires aux nôtres (étudiants aux cycles supérieurs), nous pouvons prendre du recul plus facilement et parfois même envisager des opportunités que l’on n’avait pas considérées.



Pour en savoir plus sur le parcours de Romain :

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