La dengue : comment expliquer la manifestation de formes sévères ?

Mis à jour : juin 17


Par Fatéma Dodat

Source Image : Pixabay


Avec 55% de la population mondiale désormais exposée à la dengue, ce virus a désormais étendu son territoire d’infection au-delà des régions tropicales et subtropicales. Même si elle est souvent bénigne, cette infection virale se manifeste de manière sévère et imprévisible chez plus de 500 000 personnes chaque année. Différentes hypothèses ont été suggérées pour expliquer la sévérité de ces symptômes. Retour sur la dengue et ces pistes de recherche.

Le virus


La dengue se transmet entre humains par l’intermédiaire d’un moustique infecté. Lors d’une piqûre, le moustique prélève le virus chez une personne infectée et peut le transmettre à une personne saine. Ce moustique, appartenant au genre Aedes, a une période d’incubation de 4 à 10 jours, et peut ensuite transmettre le virus pour le reste de sa vie.


Quatre sérotypes de la dengue existent (DENV-1, -2, -3, -4) selon les réactions immunitaires que le virus provoque quand il infecte l’organisme. Cette diversité s’explique par les 30% de différence observée dans les lettres qui composent la molécule virale.

Des réponses différentes selon les sérotypes


Même si elle est souvent bénigne, avec la manifestation de forte fièvre, céphalées et douleurs musculaires ou articulaires, l’infection virale peut engendrer des symptômes plus sévères et causer 25 000 décès par an.


L’une des hypothèses formulées par les chercheurs pour expliquer cette sévérité est que certains sérotypes de la dengue seraient plus dangereux que d’autres. En effet, une étude menée entre 1995 et 2002 a comparé les taux sérologiques et de charge virale de 2 715 patients atteints de symptômes sévères associés à la dengue. Une première infection par DENV-1 ou DEN-3 semble engendrer une manifestation clinique plus sévère comparée aux autres sérotypes.


Par ailleurs, une autre étude relève que la réaction immunitaire de l’organisme diffère face à chaque sérotype. Si les sérotypes DENV-2 et DENV-3 induisent une plus grande réponse totale des cytokines, qui sont les molécules inflammatoires issues de la réponse immunitaire, DENV-4 semble être celui qui sollicite le moins l’immunité.

Une seconde infection plus risquée


Une autre hypothèse formulée face à la sévérité des symptômes est que le patient a pu être infecté une seconde fois par une souche différente du virus. En effet, une première infection offre une protection durable à l’individu contre cette souche. Néanmoins, si le patient est ensuite infecté par un sérotype différent, cette deuxième infection pourrait être plus dangereuse.


L’infection initiale permet au corps de développer des anticorps spécifiques contre le sérotype viral qui a infecté l’individu. Ces anticorps, qui sont les agents de détection et de neutralisation du virus, confèrent une immunité durable contre ce sérotype. Cependant, celle-ci est très courte envers les autres sérotypes qui n’ont pas infecté le patient. Des méta-analyses, visant à évaluer cette fenêtre immunitaire, estiment qu’une seconde infection qui survient 1.6 et 2.6 ans après la première infection, pourrait être responsable - de manière respective - de la manifestation de symptômes cliniques graves et de fièvres hémorragiques.


Quand l'individu est infecté une seconde fois par un sérotype de la dengue différent, les anticorps ne sont pas toujours capables de neutraliser le virus. Ils forment alors des complexes avec ce dernier. Ces complexes ont une affinité supérieure pour le récepteur Fcγ, qui constitue la serrure que le virus ouvre afin d’entrer dans la cellule. Ce récepteur se situe à la surface de différentes cellules, dont certains globules blancs, ce qui facilite ainsi l’entrée du virus dans ces cellules et lui permet de se répliquer.


Cette théorie, appelée « facilitation de l'infection par des anticorps » (Antibody-dependent enhancement) a été mise en évidence chez l’animal pour le virus de la dengue et elle est également suspectée dans le cas d’autres virus comme celui du VIH.


Pour le moment, l'association de symptômes sévères lors d'une troisième ou quatrième infection est considérée, respectivement, comme rare ou inexistante (ici et ici).

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