Le variant britannique du SRAS-CoV-2 au Québec - Que savons-nous et devrions-nous nous en soucier?

Mis à jour : avr. 28


Par Kevin L'Espérance 

Source Image : Pixabay


L'un des nouveaux variants génétiques du virus est le « variant britannique » (lignée B.1.1.7.). Partout dans le monde, ce variant a suscité un large éventail d'attention de la part des responsables de la santé publique, des scientifiques et des gouvernements. Cela est particulièrement vrai au Québec où le variant britannique est le variant le plus répandu.

Dans ce contexte, le variant britannique complique-t-il nos efforts pour mettre fin à cette pandémie?


Pour répondre à cette question, nous devons considérer ce que nous savons du variant jusqu'à présent.


Les virus évoluent tout le temps


Même si une nouvelle forme de virus peut sembler effrayante et anormale aux premiers abords, cela n’a rien d’inhabituel. Par exemple, les vaccins contre la grippe sont mis à jour chaque année pour faire face à ses nouvelles souches.


Le coronavirus 2 du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS-Cov-2), à l'origine de la COVID-19, ne fait pas exception.


Le virus utilise les cellules infectées de l'humain (et de certains animaux) pour produire plus de copies de lui-même. Pour répliquer le virus, une cellule infectée doit recopier sans erreur la séquence d'ARN du virus. Cette séquence d'environ 30 000 lettres code des instructions pour le fabriquer.


Or, une cellule infectée peut produire jusqu'à 1 000 nouvelles particules virales, ce qui correspond à environ 30 millions de possibilités d’erreur. Et ce n'est que pour une cellule!


Ces erreurs sont appelées des mutations. La plupart du temps, une mutation se produira sans altérer le virus ou en inactivant sa capacité à se répliquer. À de rares occasions, la séquence génétique du virus changera tellement qu’il deviendra un variant.


Heureusement, le SRAS-Cov-2 change lentement pour deux raisons. Premièrement, il dispose d'un mécanisme de relecture qui peut corriger les erreurs dans la réplication de sa séquence génétique. Deuxièmement, le SARS-Cov-2 se réorganise moins efficacement que d’autres virus à ARN.


Brièvement, le virus de l’influenza possède 8 segments d’ARN qui peuvent se réarranger– un processus appelé réassortiment – en échangeant ses segments avec ceux d’un autre virus de l’influenza à l’intérieur d’une cellule infectée. Ce processus peut provoquer des changements rapides dans la fonction du virus.


Au contraire, le SARS-Cov-2 n’a pas de segmentation physique de son ARN, le rendant incapable de réassortiment. Il peut faire de la recombinaison, un processus qui peut être résumé par une sorte de brassage des gènes de son ARN. Néanmoins, ce processus chez les virus est généralement moins efficace pour évoluer que le réassortiment génétique. À titre de comparaison, le SARS-Cov-2 mute jusqu’à quatre fois plus lentement que le virus de l’influenza.


Depuis le début de la pandémie, le SRAS-Cov-2 accumule une ou deux mutations par mois qui ne changent pas ses propriétés. Cependant, plus le virus infecte d'individus, plus il a de chances d’accumuler des mutations et de changer. La forte circulation du SRAS-Cov-2 dans le monde a donné au virus des opportunités d'évolution considérables, ce qui a conduit à l'émergence de variants, y compris le variant britannique.


Le variant britannique est très distinctif, car il a acquis 23 mutations dans son code génétique, marquant un changement majeur par rapport au virus d'origine.


Les mutations dans la protéine S intriguent


Les protéines de pointe S sont comme des crochets à la surface du virus. Elles permettent au virus de s’accrocher aux cellules humaines avant d’y pénétrer. Conséquemment, trop de changements dans la protéine de pointe S mettraient en péril la survie du virus. En effet, elles empêcheraient le virus de lier et d’infecter les cellules qui sont essentielles à son cycle de vie.


Le variant britannique a trouvé une combinaison de mutations favorable à sa survie. Il arbore notamment plusieurs mutations dans la protéine de pointe S, la rendant plus efficace pour se lier aux cellules (plus transmissible) et pour contourner le système immunitaire.


Il n’est pas le seul. Depuis le début de la pandémie, des dizaines de variants plus transmissibles ont été détectés, dont plusieurs avec des mutations similaires. Par exemple, trois variants présents au Québec (britannique, sud-africain et brésilien) ont la mutation N501Y où une lettre a été modifiée dans la séquence d’ARN correspondant à la protéine de pointe S.


L’apparition de mutations similaires à différents moments et lieux soutient une évolution convergente du virus. Il existe de nombreux exemples de ce phénomène dans la nature. C’est notamment le cas des dauphins et des requins qui ont évolués de manière indépendante tout en ayant acquis une nageoire dorsale.


Sur ce principe, le SRAS-Cov-2 cherche à adapter sa séquence génétique afin de maximiser sa survie, mais ses options sont limitées. C’est un peu comme un jeu de Tetris où le but est d’assembler les blocs, mais que les pièces ne sont pas toujours optimales. Il n’y a que quelques combinaisons gagnantes, dont toutes partagent des traits similaires.


Les scientifiques observent les mêmes mutations se produire dans différents variants, ce qui suggère que le virus commence à épuiser ses options pour se réinventer sans se compromettre.


Pour plusieurs experts, ce phénomène est encourageant.


Au Canada, les quatre vaccins autorisés contre la COVID19 s’appuient sur la protéine de pointe S pour générer une immunité. Une trop grande variation dans celle-ci rendrait les vaccins inefficaces, mais ceci est peu probable.


L’hypothèse découlant des observations du variant britannique est que le virus possède des adaptations limitées pour augmenter ses chances de survie. De plus, les vaccins produisent un large éventail d’anticorps contre différentes parties de la protéine de pointe S. En ce sens, il serait improbable que la protéine de pointe S change suffisamment pour que les vaccins soient complètement inefficaces.


À ce jour, il y a des preuves convaincantes que les quatre vaccins autorisés par Santé Canada protègent contre les hospitalisations et les décès d’une infection au variant britannique. En Écosse, où le variant britannique représente la majorité des nouvelles infections, les vaccins d’AstraZeneca et de Pfizer/BioNTech ont réduit de 74 à 90% le nombre d’hospitalisation après l’administration d’une seule dose. Ces résultats ont également été corroborés ailleurs dans le monde.


Cependant, la nature est imprévisible. Le virus continuera de chercher des moyens pour mieux infecter les humains tant et aussi longtemps qu’il circulera entre nous.


C’est pourquoi au Québec - comme ailleurs dans le monde - le variant britannique renforce l’importance de contenir les nouvelles infections.


Le variant britannique s'est rapidement installé et propagé au Québec


Le variant a été détecté pour la première fois au Royaume-Uni en septembre dernier. De l'autre côté de l'océan, le premier cas au Québec a été confirmé à la fin décembre. À la fin du mois de mars, le variant britannique était dominant dans la province, ce qui signifie que la majorité des nouveaux cas d'infections lui étaient attribuables.


La montée en puissance du variant britannique est survenue à un moment où les mesures sanitaires ont été assouplies par le gouvernement du Québec. Dans ce contexte, l'augmentation des infections et des hospitalisations, en particulier chez les jeunes adultes, pourrait être le reflet d’une transmissibilité plus élevée du variant britannique et de sa propagation rapide dans la communauté.


Présentement, les estimations suggèrent que le variant britannique est de 40 à 70% plus transmissible que le virus original. Cette transmissibilité accrue a d’ailleurs été confirmée pour l’ensemble du Québec.


La prédominance du variant britannique préoccupe, car sa plus grande capacité à se transmettre et à infecter signifie aussi plus d’opportunités pour muter. Néanmoins, la transmission est fortement dépendante de la capacité des individus à se protéger et à respecter les mesures « barrières ».


Jusqu’à maintenant, le port du masque et la distanciation physique se sont montrés très efficaces pour réduire la transmission de personne à personne. De plus, avant l’atteinte d’une couverture vaccinale suffisante dans la population, plusieurs mesures efficaces de santé publique peuvent être priorisées pour réduire l’impact de la COVID-19.


Pour conclure, le chemin pour vaincre la pandémie demeure le même malgré l’arrivée des variants.



228 vues0 commentaire